FICHE TECHNIQUE
Origine : Grande-Bretagne
Prix : 4680 euros (modèle ligne)
Dimensions : 44 x 35 x 12 cm
Puissance : 2 x 8 W
Bande passante : 2 Hz - 200 kHz
Impédance d'entrée : 20 kohms par phase
Réponse en fréquence : 39 Hz - 23 kHz
Cela fait quelques temps que nous n'avions pas eu le plaisir (eh oui) d'écouter un amplificateur Audio Note. Un vrai, enfin, un avec des triodes 300 B quoi. Bon, il ne s'agit pas de polémiquer avec tous les autres tubistes, qui jurent par les 6550, EL 34, KT 88 ou 845, et nous en oublions certainement. D'autant plus que nous sommes nous même possesseurs et utilisateurs assidus d'un intégré à tubes doté de push pull de EL 84... Mais il est vrai que les 300 B ont un quelque chose bien à elles, qui fait que l'on tombe sous leur charme malgré soi ...
Le Meishu Phono ne déroge pas à la tradition des amplificateurs Audio Note engendrés par Peter Qvortrup : un énorme boîtier noir strié d'ouïes d'aération avec une épaisse façade en aluminium brossé, quatre boutons de même diamètre en façade pour la sélection des sources, celle à enregistrer, le potentiomètre de volume et le réglage de balance, chose rare aujourd'hui. On note immédiatement la présence d'une source phono, autre rareté mais pas vraiment chez Audio Note qui fabrique et vend toujours des platines analogiques haut de gamme, des bras et des cellules de même niveau. |
Une led rouge centrale informe sur la mise en service de l'appareil. A l'arrière, on relève la présence du bloc secteur IEC et de l'interrupteur de mise sous tension, deux séries de trois borniers dorés pour les haut-parleurs, avec possibilité de sélectionner une impédance de 8 ou 4 Ohms, une sortie préampli et une autre destinée à l'enregistrement, et les entrées source dont la phono avec sa prise de terre, le tout au standard RCA. Le fait que le dispositif de mise sous tension soit relégué à l'arrière ne doit pas faire croire que le Meishu puisse rester allumé en permanence : ce serait assurer une usure prématurée aux tubes, et s'offrir un petit chauffage d'appoint en plein été... D'ailleurs, il convient de rappeler que les amplificateurs à tubes doivent être placés en un lieu stable et dégagé, où ils peuvent respirer à leur aise. L'intérieur est plein à craquer, avec cette inimitable impression de fouillis qui fait le charme des amplificateurs Audio Note. Cela se comprend dans la mesure où ils sont souvent modulables, et peuvent recevoir des éléments supplémentaires ou de remplacement pour aller plus loin dans l'excellence sonore. Et puis, cela correspond aussi à une certaine tradition britannique... La carte phono de compétition attire immédiatement les regards, et promet à ceux qui ont eu la sagesse éclairée de conserver leurs précieuses galettes de vinyle et une platine de lecture de qualité de redécouvrir leur collection... Bien entendu, les grosses 300 B trônent à la meilleure place. Comme dans les séries de haut de gamme du niveau 3 de la marque, le Meishu reçoit des composants de haute qualité. Les étages de sortie (il est configuré en vrai double mono) sont polarisés en pure classe A. Audio Note est d'ailleurs tout à fait fidèle à lui-même avec la conception de cet amplificateur : single ended, et tant pis pour la faible puissance qui en résulte du moment que la plus haute qualité musicale est assurée, absence totale de contre réaction, étage de sortie à triode à chauffage direct, redressement du courant de l'étage d'amplification par tube, étages d'alimentation complètement indépendants, câblage maison en argent. Comme on le voit, le Meishu a été conçu et réalisé avec comme souci premier la qualité à tous les niveaux. Et cela s'entend. |
Système d'écoute
Lecteur Icos CD-Pro + ALS, enceintes Triangle Celius 202 et Davis Cesar, câbles Esprit.
Ecoute
Il faut savoir que, en dépit de l'alimentation de course dont est doté le Meishu et de ses airs de costaud bodybuildé, il s'agit toujours d'un amplificateur de 8 Watts par canal. Il n'est donc pas question de lui accoler des enceintes de moyen rendement ou même seulement de bon rendement, 94 dB sont un minimum, et le très haut rendement est la solution nécessaire pour pouvoir l'exploiter de manière optimale. Quoiqu'il en soit, nous avons obtenu des résultats satisfaisants avec nos Triangle, à la condition de rester à des niveaux d'écoute moyens. Mais c'est tout à fait normal. 4, là voix a capella de la chanteuse de« Friends n' Fellow » s'installe dans la pièce avec fermeté, la sensation de matière sonore étant saisissante. Il en résulte un effet de présence très prononcé, d'autant que l'artiste paraît debout entre les enceintes, cette troisième dimension apportant un plus indéniable et appréciable, ô combien! à l'écoute. La transparence est au rendez-vous comme en atteste la netteté de toutes les nuances de la diction. La voix est pleine et module merveilleusement, la restitution est d'une excellente homogénéité, car les détails ne sont pas mis en avant mais donnent à l'écoute un petit côté magique. Il ne faut pas s'attendre à une douceur affectée, comme on se complaît parfois à imaginer les amplificateurs à tubes ou comme les plus mauvais parmi eux parviennent à travestir la réalité musicale. Ici, c'est net, propre, ciselé, sans agressivité. La scène sonore est tridimensionnelle et aérée. Sur la plage 2 de ce même CD, l'attaque directe des voix du groupe Blues Company est franche, incisive. Le grave cogne joliment avec de l'ampleur et une légère rondeur, en tout cas sans aucune boursouflure : bien au contraire, il n'est pas du tout répétitif et donne accès aux nuances présentes dans ce registre. L'aigu, à l'autre extrémité du spectre, est fin, délicat mais avec également une sensation d'étoffe inimitable. Les voix sont pleines et bien timbrées. D'ailleurs, la qualité des timbres du Meishu est indiscutable, qu'il s'agisse des voix ou des instruments... Le grave, retour sur image, impressionne par sa netteté et sa force d'impact : avec une paire d'enceintes à très haut rendement, le résultat est percutant! Cela
se note d'ailleurs avec les frappes de baguette sur la caisse claire. Plus loin, plage 10, la voix un peu rocailleuse de Bill Morissey est parfaitement rendue, la finesse et la souplesse des cymbales de la batterie le disputent à leur matérialité. Les cuivres qui entrent en scène au refrain sont brillants mais pas agressifs. L'orgue électronique assure un vibraro typique et présent sans tomber dans la guimauve tremblotante. Il y a une très belle capacité expressive sur toute la bande passante qui ne paraît pas du tout souffrir de bosses ici ou là.
Nous sommes passés ensuite au CD « Modern cool » de Patricia Barber, plage 5 plus précisément. L'introduction à la contrebasse est d'une étonnante lisibilité. La voix est somptueuse avec un léger effet de close up. Les percussions sont franches, les membranes des tambours sont bien tendues. |
La belle transparence générale s'assortit d'un naturel qui bannit définitivement toute forme d'agressivité. Autre CD, autre genre : cette fois, ce sont les Pink Floyd, CD « Echoes » qui retiennent notre attention. Plage 6 « Hey you », un des meilleurs morceaux du best seller « The Wall », frappe par la netteté de la voix, des arpèges de guitare en introduction, et par la pêche tonitruante des percussions... Cela attaque vraiment très fort, qu'il s'agisse des toms ou de la caisse claire. La basse est profonde, dotée d'une charpente solide. Le sens du rythme invite à taper du pied. C'est vraiment superbe! Nous entendons chuchoter dans un coin que donner de la pop music à une telle merveille à triodes, c'est jeter de la confiture aux cochons... Bon d'accord, passons au classique : le « Messie » de Haendel, joué par The Academy of Ancient Music dirigé par Hogwood. Sur le passage « Behold saith the Lord », la solennité de l'avertissement divin est bien mise en évidence, soulignée par la réverbération du lieu de l'enregistrement et la richesse de la texture de la voix du ténor. Les instruments anciens ont juste assez de verdeur pour signaler leur caractère fruité et ne pas agresser par un excès d'acidité. Le clavecin sonne sans maigreur, la voix de la soprano qui succède ensuite monte haut et clair. C'est très plein, c'est riche en nuances, et vraiment bon à écouter. Nous avons ensuite écouté le « Panis Angelicus » de César Franck, par le Choir of Paisley Abbey. La distribution spatiale est impeccable : non seulement la soliste et les choeurs d'enfants chantent en pied, mais ils sont bien à leur place en profondeur, la soliste au premier plan, les enfants derrière et l'orgue plus loin. C'est très plein, riche en nuances, délicat. L'orgue descend bas et assure un bon soutien. La scène sonore est certes aérée, mais sans tomber dans l'exagération du grand écran extra large. Nous avons terminé à regret cette séance avec le CD « Flamingo ». Encore une fois, c'est superbe! Le piano de Petrucciani est plein et occupe bien l'espace sonore. Le violon de Grappelli est chatoyant, chantant au possible. On ne s'ennuie pas une seule seconde, car il y a du rythme et de la souplesse. C'est à la fois affirmé, enlevé et sensible. Voilà donc un excellent cru Audio Note. Il a pour lui tout un ensemble de qualités qui peut se résumer par un seul mot, finalement : il est « naturel ». Et c'est vraiment rare...
VERDICT
L'Audio Note Meishu est un grand cru.
Certes, la puissance de 8 watts par canal peut faire sourire les néophytes, mais avec des enceintes à haut ou à très haut rendement, c'est un monde musical chatoyant, vivant, émouvant qui se révèle à nos oreilles. On ne s'ennuie pas un seul instant en sa compagnie, il nous fait entrer dans la musique avec une crâne assurance, non pas par excès d'aplomb, mais tout simplement parce qu'il possède mieux que tout autre la qualité cardinale : il est naturel. |