BANC D'ESSAI N° 009  :  CONQUEST   > Télécharger en pdf (3,88Mo)    > Imprimer < vers la page d'accueil du site

CONQUEST  AMPLI
LES AMPLIFICATEURS MONOPHONIQUES AUDIO NOTE CONQUEST FOURNISSENT UNE PUISSANCE DE 16 WATTS A L'AIDE DE DEUX TUBES 300B MONTES EN PARALLELE ...

      Je n'aime pas les amplificateurs à tubes. Je n'ai jamais été sensible au charme de leurs petites lueurs rougeoyantes qui ont très certainement hypnotisé tout une génération d'audiophiles. Je ne supporte pas la chaleur outrageante qu'ils dégagent et qui empêche la moindre écoute sérieuse durant les mois d'été. Je ne parle même pas de tous les embarras classiques qu'une technologie aussi désuète peut engendrer, à savoir ronflettes diverses, usure prématurée de certains tubes, problèmes de fiabilité, j'en passe et des tout aussi désagréables...
Bien sûr, en qualité de chroniqueur de matériel haute-fidélité, j'en ai vu défiler plus que je pourrais dire. J'en apprécie bien volontiers les immenses qualités. En outre je jure les avoir toujours évalués en toute objectivité. Mais sur un plan personnel, je me refuse à faire entrer un de ces hideux appareils dans mon salon. A mon humbre avis, un amplificateur digne de ce nom doit être discret, fiable, branché en permanence, et chacun doit pouvoir en disposer à sa guise et entière fantaisie sans pour autant être titulaire d'un brevet de technicien chauffagiste. Ai-je été assez clair?
Bien sûr, avec leur esthétique vieillotte, ces amplificateurs tiennent plus du kit bon marché que de la réalisation élitiste qu'ils sont censé incarner. La puissance prête même carrément à sourire : jamais plus d'une vingtaine de watts! Mais une fois branchés, ces appareils anachroniques font table rase de tous les préjugés que leur aspect physique repoussant peut susciter de prime abord.

Jamais la musique ne m'a paru pus vivante, lus empreinte d'une telle charge émotionnelle, et surtout d'une telle spontanéité. La cohérence que ces amplificateurs déploient sur toute la bonde passante est magistrale. Sur le plan de la beauté des timbres, de l'aération, de l'ampleur ou de l'ouverture sonore, il est absolument impossible de prendre ces appareils en défaut.
Sur ces critères particuliers, les Audio Note ont d'ailleurs une belle longueur d'avance sur la quasi-totalité de leurs concurrents. La musique est tout simplement plus humaine et devient une expérience complètement nouvelle. Chaque disque donne naissance à un univers radicalement différent du précédent. Car les Audio Note ont cette extraordinaire faculté de recréer méthodiquement et scrupuleusement le théâtre de la prise de son comme, à la mémoire de mes oreilles, aucun autre appareil n'a été capable de la faire.
Evidemment, il se trouvera toujours certains intégristes transistorophiles pour reprocher aux amplificateurs Audio Note de ne pas offrir la plus extrême fermeté ou la plus absolue profondeur dans le grave, comme le font si bien les colosses transistorisés. En outre, vu la faible puissance déployée, une enceinte particulièrement sensible est absolument nécessaire, ce qui limite quelque peu le champ des associations possibles. Mais quand toutes les conditions sont réunies, les Audio Note permettent d'aborder un univers musical absolument inimitable et singulièrement enchanteur.
Le plus frappant, c'est que Hiroyasu Kondo, leur génial créateur, utilise une technologie datant des années 1920. A savoir le montage en simple amplification qui, selon les circonstances, utilise un seul tube par canal ou deux tubes montés en parallèle. Contrairement au montage en puss-pull inventé beaucoup plus tard, et aujourd'hui utilisé sur 99% des amplis du marché, le montage en simple amplification comporte un étage de moins (l'étage déphaseur) et et s'avère beaucoup plus simple et radical dans son approche.
Néanmoins il ne permet pas d'obtenir de fortes ni même de moyennes puissances, et il n'est pas très bon aux mesures, deux raisons parmi tant d'autres qui font qu'il ait été presque totalement abandonné. Hiroyasu Kondo, lui, y a toujours cru.

En plus de l'extrême simplicité de son schéma de base, ce concepteur accorde une importance capitale à la qualité de tous les éléments qui entrent dans la fabrication des appareils. D'où l'emploi de composants de très grande précision et l'utilisation intensive d'argent pur tant pour le cablâge que pour la réalisation d'éléments clefs tels les transformateurs d'alimentation ou de sortie. Ces derniers sont d'ailleurs tous bobinés à la main et certains nécessitent plus de cent heures de travail.

Les tubes sélectionnés sont issus quasi exclusivement de la prestigieuse famille des triodes. Songez que certains d'entre eux datent de la Seconde Guerre mondiale. Au bout du compte, tout cela se paye, et même très cher. Ainsi les deux petites merveilles qui ont changé le cours de ma vie, les blocs de puissance monophoniques Conquest, ne délivrent que 16 watts et coûtent 44 500 francs. Certaines personnes ont, paraît-il, vendu leur maison pour se les offrir.
Je me contenterai des Conquest et d'un bon ventilateur, pour cet été...

 
 
 
Logiciel requis : ACROBAT READER - Source : magazine HIFI MAGAZINE (n° 09 - mars 1996) ^^^   Haut de page   ^^^ © 2008