BANC D'ESSAI N° 013  :  JINRO   > Télécharger en pdf (2,30Mo)    > Imprimer < vers la page d'accueil du site

JINRO  AMPLI/PRÉAMPLI INTÉGRÉ
Parmi les électroniques à tubes de légende, figure toujours en bonne place le Ongaku mis au point il y a fort longtemps par un électronicien japonais, audiophile, grand amateur de musique, M. Kondo. Cet intégré était basé autour d'un schéma simple avec en sortie une triode de puissance en single ended sans contre-réaction, en classe A. Désormais, il est réalisé en Angleterre, sous le nom d'Audio Note par l'équipe de l'irréductible partisan du tube triode for ever, Peter Qvortup, qui a fait évoluer les composants de l'Ongaku jusqu'à l'utilisation pour les selfs, les transformateurs de sortie pour leurs enroulements, de conducteurs argent pur ! ainsi qu'une sélection de composants audiophiles, résistances de précision, capacités spécifiques et... choix "cornélien" des tubes.

SPÉCIFICATIONS CONSTRUCTEUR
Puissance continue : 2 x 20 W/8 Ohms classe A
Distorsion par harmoniques : < 0,5 %
Bande passante : 20 - 25 000 Hz - 0,5 dB
Dimensions : 30 x 28 x 65cm
Poids : 42 kg

SPÉCIFICATIONS MESURÉES
Puissance efficace (8 Ω) avant écrêtage : 2 x 15 W
Distorsion harmonique totale à l'écrêtage
: 2 %
Niveau d'entrée (P. nominale en sortie)
: 220 mV
Puissance impulsionnelle (8 Ω)
: 2 x 15 W
Rapport S/B à la puissance nominale
: 80dB lin - 97dBA (pond)
Rapport S/B pour 1 W en sortie
: 61 dB lin - 78 dBA (pond)
Déformation signal carré 1 kHz
: 3 %
Temps de montée : 14 µs

accessible cet intégré de légende, sous le nom de Jinro, quelques économies ont été réalisées sur les conducteurs des transformateurs de sortie et des selfs avec enroulements en cuivre (au lieu de l'argent pur), composants passifs, tubes un peu moins rares à trouver en quantité donc moins onéreux, châssis en aluminium recouvert soit d'une plaque en aluminium noir, soit d'une plaque en cuivre poli. Le résultat : un intégré qui ressemble à l'Ongaku, mais qui passe à 17 000 € au lieu de 79 000 € !!! en prenant le surnom affectif de Baby Ongaku.
Or, tous ceux qui ont prêté une oreille un tant soit peu attentive à la remarquable démonstration (comme d'habitude) hautement musicale du dernier salon Haute-Fidélité Porte de Sèvres, ont pu remarquer au cœur du système que le Jinro n'était pas là pour faire de la figuration, mais qu'en compagnie des remarquables enceintes Audio Note deux voies à haut rendement AN-E (voir BE n°20), la dynamique de la restitution, l'ouverture de la scène sonore tranchaient avec nombre de démonstrations environnantes. Or, cela n'est rien à côté de ce que nous avons obtenu avec notre système à très haut rendement comme plaisir d'écoute, à partir du même Jinro. En effet, iil nous a transportés d'enthousiasme par le naturel évident de la fluidité du discours mélodique, avec une présentation spatiale grandiose, une dynamique à vous transporter dans les conditions du direct, tant elle apparaît pleine de contrastes sans l'once d'une agressivité.

Bien entendu, tout cela a un prix et la version Ongaku avec ses transfos, véritables "lingots d'argent", ses triodes ultra sélectionnées, est un véritable investissement à très long terme.  Aussi, pour rendre


Conditions d'écoute

Il faut tout d'abord choisir un support suffisamment profond et capable de supporter les 45 kg de l'Ongaku qui, tout Baby qu'il est, fait quand même son poids. Socle si possible inerte pour ne pas transmettre par voie solide les vibrations indésirables, ni par voie aérienne la propagation de la pression sonore des enceintes acoustiques, pour limiter les effets microphoniques. De plus, les entrées sortent latéralement (pour des raisons d'implantation interne allant au plus court), il faut donc rapprocher les sources gauche du Jinro.
Le bornier de sortie HP à l'arrière accepte bananes, fourches, ou câbles dénudés. Afin de limiter le plus possible les pertes d'informations, l'âme du câble dénudé serrée dans ces fiches apparaît la meilleure option en sentiment d'aération, de tension dans le grave qui descend très bas sous cette condition (les fourches et bananes, si elles ne sont pas dans le même alliage que le câble HP, modifient plus l'équilibre tonal que le câble seul lui-même).

De même, le cordon secteur joue un rôle non négligeable sur la pureté du médium et de l'aigu, surtout si, sur la même ligne d'alimentation, vous avez un ordinateur, variateur de lumière par triacs ou autres objets domestiques qui souvent interfèrent sur la qualité finale de restitution de manière pernicieuse. Enfin, étant donné la puissance disponible, il vaudra mieux associer des enceintes à haut rendement avec le Jinro qui s'exprimera avec une bienveillance extrême pour ne pas exciter certaines résonances caverneuses autour de 80/ 100 Hz, ni d'effet nasal autour de 1 kHz. De plus, l'extrême douceur du Jinro dans le médium aigu évite tout effet de projection avec les chambres de compression à partir d'un certain niveau, sans rien perdre d'une somme d'informations incroyables qui font toute la vie de la restitution. Ainsi, les systèmes Tannoy avec leur coaxial de grand diamètre, JBL Everest, K2, etc avec un 38 cm et chambre de compression, Klipshorn et naturellement les Avant-Garde et Audio Note ANE-LXHE (BE n020), (une pure merveille sous un volume très raisonnable) "s'entendent" à la perfection avec le Jinro.


Ecoute

Avec les Caprices de Paganini par le violoniste Thomas Zehetmain, le Jinro vous cloue sur place par sa transcription de la justesse tonale du violon, qui évolue à une vitesse sidérante du médium à l'aigu en maintenant correctement la sonorité "boisée" de l'instrument. Même sur les attaques d'archet les plus violentes, le Jinro réussit le tour de force de parfaitement cerner la note en création, mais surtout son chevauchement avec la suivante, sans heurt, comme dans la réalité, dans une continuité d'une fiuidité extrême. Les variations autour de thèmes où s'accumulent les difficultés de jeu du violon, paraissent non heurtées, non fatigantes, mais au contraire souples, non hachées, incisives mais sans vous faire grincer les dents comme avec une grande majorité d'amplis. Toute la "magie sonore" du Jinro ressort avec une richesse extrême dans la cohésion spatiale du violon, bien cerné dans ses contours sans le léger flou (artistique) de certains montages mono-triode type 300B qui manquent un peu de puissance, sur les attaques des pizzicati par exemple qui, ici, ressortent sous les doigts du prodigieux violoniste avec le grain des cordes, tout simplement sublime, d'autant plus que l'acoustique du monastère St Géraald en Autriche ressort vous enveloppant avec le bon dosage de réverbération.

Sur le Faramondo (Sebben Mi Lusinga) de Haendel, le Jinro fixe de nouvelles normes d'excellence dans la restitution charnelle, "organique" pour reprendre une expression d'Outre-Manche de la voix du contreténor Max Emmanuel Cencic, cela du basmédium à l'aigu avec une totale unité dans l'articulation, l'enchaînement de chaque mot.
Sur les envolées périlleuses dans le haut du spectre du virtuose falsettiste, la couleur de son timbre de voix reste naturelle, sans virer à l'agacement ou à une sorte de trépignement sur les vocalises qui s'enchaînent au travers du Jinro avec une sorte de fluidité dénuée de toutes colorations rugueuses électroniques. L'orcheste semble avoir pris lui aussi des accents plus enjoués, plus rayonnants, plus vifs, avec une ardeur retrouvée dans le tempo. Il ne joue pas de son côté, mais en totale symbiose rythmique et mélodique avec le contre-ténor, là réside l'une des qualités fondamentales, très rare, du Jinro. En effet. à l'écoute de nombreuses électroniques, on ressent comme un malaise dû à une sorte de désynchronisation entre l'orchestre et le soliste, difficile à exprimer par des mots, avec soit le soliste qui semble tirer les autres interprètes derrière lui tel un fardot, soit l'inverse, l'orchestre qui trépigne d'impatience littéralement derrière le soliste. Ici tout le monde "chante" d'une seule voix, au travers du Jinro apportant à l'écoute une "décontraction" retrouvée, vous plaçant dans une sérénité béate.

On retrouve ce pouvoir de séduction exceptionnel sur la transcription du Concerto pour Deux Violons RV511 de Vivaldi par Viktoria Mullova et Giordano Carmignola, où les couleurs respectives des instruments Guadagnini et Stradivarius remontent à leurs justes hauteurs puisque complémentaires au travers du Jinro.


L'orchestre vénitien qui les accompagne apparaît en totale fusion, souple, élégant, tout en vivacité sans exaspération. Toute la richesse de dialogue entre les deux virtuoses ressort avec un naturel confondant, un grand, un très grand moment de pure émotion grâce au Jinro qui restitue toute la palette des timbres, sans aucun effort, sans crispation passagère.

Dans un tout autre genre musical, avec l'album de Shirley May The Music Never End, sur Yesterday, l'articulation de chaque mot prend tout d'un coup une autre dimension à la fois plus proche, plus sensible, avec des accents de vraie nostalgie mise en relief par ce diabolique Jinro. Point d'écrêtage sur les fortés, avec une focalisation de Shirley Horn qui prend littéralement vie comme si elle ne chantait que pour vous. Le piano, la basse, la batterie sont tout aussi cohérents autour d'elle avec, comme nous l'observions sur les passages de musique classique, une "concordance de temps" remarquable entre les interprètes.

Avec l'extrait Les Bijoux, le Jinro procure une présence sublime à la voix d'Yves Montand, avec des intonations d'une justesse rarement égalée. Tout concourt vers une notion "charnelle" du timbre de voix sans faux velouté, mais avec les plus infimes modulations en fin de chaque mot des vers de Baudelaire qui s'enchaînent avec une fluidité naturelle.
Même avec des systèmes de haut-parleurs à haut rendement assez susceptibles dans la zone des 80/150 Hz, par des colorations caverneuses qui apparaissent rapidement, le Jinro les lisse. Ainsi, sur les consonnes appuyées, la voix ne paraît pas soudain sortir d'un tonneau. Elle ressort sans accentuation de toniques. Là encore, on retrouve une transcription décontractée, sereine, dans le développement mélodique tout en étant dans le bon timing dans l'accompagnement de la basse qui chante littéralement elle aussi.

Avec l'album Hadouk Trio, Live à Fip, le Jinro, sans stress, transcrit les fronts de montée des percussions de Steve Shehan avec un sens de la matière des timbres d'une grande vérité, sans effet d'intermodulation sur la clarinette alto de Didier Malherbe qui évolue tout souplesse dans le dédale mélodique. De nouveau, on est subjugué par la cohésion spatiale du trio au sein de l'acoustique du Studio 105 de Radio France. On est littéralement transposé dans la salle d'écoute, vous enveloppant.
Or, avec un très grand nombre d'électroniques, même de très haut de gamme, on a cette curieuse impression mollesse, que le trio joue d'un côté avec quelques décalages temporels entre eux et que l'acoustique a été rajoutée artificiellement avec de mauvaises relations entre sons directs et réfléchis.
Or, le Jinro respecte le bon "timing" des enregistrements avec une tenue constante, quelles que soient les différences d'écarts de niveau, de la structure harmonique des timbres.

Synthèse de l'esthétique sonore

Comme les autres éléments (lecteur CD/convertisseur, enceintes acoustiques, composants) d'Audio Note, l'intégré Jinro ne peut nier sa filiation, en proposant une esthétique sonore basée sur une évidente beauté de timbre, une parfaite cohérence spatiale, une grande fluidité dans le développement mélodique, un respect du timing du rythme. L'écoute passe ainsi au stade supérieur du plaisir.


Les mots ne sauraient traduire toute la richesse de transcription de cet intégré Jinro, véritable cas à part même dans le très haut de gamme, ouvrant la voie sur une perception sonore débarrassée des colorations électroniques
traditionnelles pour une écoute d'une sérénité rarement atteinte, superbe à tout point de vue!
 
 
 
Logiciel requis : ACROBAT READER - Source : magazine STEREO PRESTIGE & IMAGE (n° 39 - novembre 2009) ^^^   Haut de page   ^^^ © 2009